En 1913, la Compagnie des chemins de fer nationaux du Canada créa la ville de Smithers, sur un marécage, afin d’y établir son principal quartier général divisionnaire. La rue principale de la ville, aménagée perpendiculairement à la voie ferrée, acquerra une renommée très rapidement. Ce n’était pas pour sa beauté. La rue boueuse à l’époque comportait des trottoirs en bois de chaque côté et un fossé d’égout inesthétique et malodorant s’étendait sur sa longueur. Mais c’était plutôt parce qu’on y retrouvait une magnifique gare à l’une de ses extrémités. Quelques années plus tard, un bâtiment du gouvernement provincial à l’architecture quasi identique fut aménagé à l’autre extrémité, créant ainsi un effet visuel s’apparentant à des appuie-livres.

La rue évolua beaucoup au fil des ans. En 1951, l’indésirable fossé fut remblayé, la rue fut pavée et ses trottoirs en bois furent remplacés par des trottoirs en béton. En 1972, le conseil municipal approuva un règlement visant à aménager la rue selon un « thème alpestre », s’inspirant de l’environnement montagneux de Smithers. En 1979, la rue fut fermée pendant la majeure partie de l’été afin d’y réaliser des travaux de rénovation majeurs. Plusieurs éléments y furent ajoutés, dont des trottoirs de briques rouges, des arbres de rue, des bancs publics, la transformant ainsi en une attraction dynamique axée sur les piétons qui se distingue aujourd’hui dans la région.

Il y a toutefois eu quelques mauvaises fortunes. Au fil des décennies, les incendies ont détruit de nombreux bâtiments importants sur la rue principale. Mais la résilience de la communauté des affaires de Smithers et l’amour que les habitants de la ville portaient à leur rue principale l’ont fait prospérer contre toute attente. En 1973, le gouvernement provincial décida de construire un grand immeuble de bureaux sur le dernier pâté de maisons de la rue — un aménagement maintenant considéré comme regrettable.

À l’ère des grandes surfaces et du magasinage en ligne, la rue principale demeure un noyau prospère d’entreprises indépendantes. On y retrouve une librairie, un magasin de jouets, une animalerie, une banque, une quincaillerie, une pharmacie, deux magasins d’électronique, trois magasins de sport, deux boucheries, cinq magasins de vêtements indépendants, six restaurants et beaucoup plus.

En 2013, au cours des célébrations du centenaire de la ville, un site désaffecté aux abords de la rue principale, autrefois occupé par une station-service, fut transformé en la place Bovill Square. Ce lieu de rassemblement public comprend une grande scène à charpente en bois d’œuvre qui fait l’objet de plus de 40 réservations annuellement, où sont tenus divers événements, dont des cours de yoga, des soirées de cinéma en plein air, des concerts gratuits, les activités entourant la Journée nationale des Autochtones, etc. Le lieu a même remporté un prix de la Fédération canadienne des municipalités. Le défilé annuel de la Foire d’automne est de loin le plus grand événement à avoir lieu sur la rue principale. Des milliers de résidents et visiteurs s’y rassemblent pour voir les chars allégoriques défiler.

La rue principale devient plus dynamique chaque année. Des supports à bicyclettes ont été récemment installés pour encourager le transport actif, tout comme un kiosque de toilettes publiques juste à côté de la rue principale et un passage pour piétons aux couleurs de l’arc-en-ciel symbolisant l’engagement de Smithers envers l’inclusion. Les espaces de stationnement hors rue destinés à des fins commerciales, à l’exception des bureaux, ont été éliminés et la municipalité s’affaire à construire un parc de stationnement municipal juste à côté de la rue principale. Des travaux de réaménagement paysager le long de la rue principale sont également en cours et de nouvelles entreprises ne cessent de s’y établir.

Si Jane Jacobs avait raison de dire que les rues et les trottoirs d’une ville constituent ses organes les plus vitaux, alors il convient de dire que la rue principale de Smithers est certainement le cœur de sa communauté.